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avec les saucisses à déjeuner les walkie-talkies attachés aux prises électriques le rouge en déclinaisons. avec les rues et les souliers les cris bêtes d’être évidents les coeurs qui. avec la presse écrite les mots souillés les brisées. le moment avant le départ pieds à vos marques le fusil levé le dos droit c’est maintenant presque. avec les copies photocopiées les théories enfoncées dans les doigts une tête vide de vide pleine. graffiti. autocollants. tracts! grève.
un suçon offert à des lèvres avides retiré. va te coucher dit-il-elle. il est passé sept heures.
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tu l’sais pareil que toute ça c’est avec toi tsé que toute ça c’est pas une question de cennes pis de piasses c’est parce que toi j’veux vivre avec toi pas à côté j’trouve ça bizzare d’aller acheter le même pain blanc pis qu’on s’parle pas. on a tu vraiment besoin de se tenir côte à côte (sans se toucher c’est sûr) à regarder vers en arrière ensemble y’a le gros écran juste là pis dessus y’a une grosse face pis au lieu que toi pis moi on se regarde pis qu’on s’dise toute s’qui est important y faut qu’on regarde le gars dans tévé nous dire s’qu’on pense. mais y l’sait même pas! tsé j’ai beau y dire le grand t’as même pas idée j’ai comme l’impression qu’y s’en câlisse. qu’est-ce t’en pense qu’on aille jouer dehors à place. y s’est mis à faire beau le gazon y’é sec. mesemble. avec une bonne bière là. on aurait moins d’problèmes.
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Sara m’apporte un bol fumant je lève les yeux. Gratitude distraite merci maman je lui lance mes yeux sont si lourds que je ne suis pas capable de dormir le bol oeufs omelette je me demande pourquoi je suis obnubilée par la fumée l’eau qui se transforme en vapeur évapore du bol. Épuisée est un drôle de mot on dit un livre est épuisé on dit un livre est fatigué mais c’est autre chose. Je suis trop fatiguée pour écrire. Mais. Je. Veux.
Écrire.
La même chanson joue depuis une demi-heure le divan est devenu mon île le divan la lampe dans un coin les fils qui émergent de mon ordinateur vont se brancher de l’autre côté de la pièce comme des solutés sur un patient à l’hôpital. Mes tempes se referment sur elles-mêmes mon corps lentement s’engourdit.
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Le lendemain, les métaphores mille fois entendues la ville se couvre d’un manteau de neige et tapis blanc, abruptement, prennent tout leur sens. Photos idyllique dans tous les angles la neige la tempête adoucit les couleurs se pose blanche la ville est comme si quelqu’un avait décidé d’effacer une bavure d’encre avec du liquide correcteur. La neige est lourde je me réfugie chez moi les rideaux ouverts je regarde les arbres courber sous le poids parfaite pour faire des boules de neige parfaite pour rentrer chez soi dégoulinant le sourire en melon d’eau.
À force de répétition les mots ont perdu tout leur sens sont devenus des masses informes coulantes comme du beurre trop mou du beurre filmé en gros plan du beurre un peu moisi. Les mots répétés chaque jour presque à chacune de ces personnes qui me le demande comment vas-tu comment s’est passée ton année wow tu as changé. Je répète inlassablement non je n’ai pas changé je suis seulement plus sûre de moi je suis moi-même exactement moi-même mais maintenant je n’ai plus honte de le montrer. Rhétoriquement parlant, honte honte c’est un peu fort peut-être gêne timidité manque de savoir-faire honte pas vraiment seulement maintenant quand je ne suis pas d’accord j’élève la voix et je dis non bien fort.
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Montréal n’a pas changé a changé certainement de mille façons infimes magnifiques je regarde Montréal sans envie sans désir je ne souhaite pas que Montréal soit la Californie je ne souhaite pas que Montréal soit l’Argentine je ne souhaite même pas que Montréal soit Montréal tout ce que je veux c’est (all I want is).
Mille projets j’en avais rêvé les projets construire mon propre vélo apprendre la photographie prendre des cours de danse mille projets pour mon corps et mon intelligence mille projets et pour une fois je les réalise peut-être que j’ai changé pour une fois je ne suis plus paresseuse.
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Estoy en casa porque no tenía más ganas de viajar no me gustaba más lo único que podía pensar estaba quiero mi casa quiero mi casa quiero mi cuarto en mi departamento mi vida privada mis proyectos y sobre todo quiero estar sola. Ahora estoy en casa la gente siempre se sorprenden de escuchar que volví a casa porque tenía ganas como si no se podía como si era imposible que yo yo yo no quiero viajar más. Pero ahora estoy acá estoy feliz.
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Quand j’ai réalisé que j’avais perdu mon passeport j’ai soudainement cessé de chercher dans mes poches et j’ai annoncé j’ai perdu mon passeport. Laurent et Brian ont levé la tête et j’ai répété j’ai perdu mon passeport. Je cherchais dans mon sac, frénétiquement, touchant les poches de mon manteau pour la millième fois j’ai répété j’ai perdu mon passeport parce qu’il n’y avait rien d’autre à dire. Laurent s’est mis à téléphonner à la police et je me suis assise sur le sofa le dos droit, non, probablement le dos un peu évaché les yeux humide le corps raide, raide de fatigue de stress de tristesse aussi d’être sur le point de partir l’esprit tournant en rond où est mon passeport.
Nous étions sur le point d’embarquer dans le train celui qui va de Emeryville, à côté d’Oakland à côté de la maison de Brian dans le train jusqu’à Chicago Illinois. Mon passeport était dans ma poche la veille je me souviens nous allions manquer l’autobus je m’étais mise à courir ma poche était ouverte mon lecteur mp3 était tombé dans le noir je l’ai ramassé j’ai continué à courrir nous sommes embarqués dans l’autobus j’étais stressée d’avoir dit au revoir à Ithaka pour la quatrième fois en un peu plus d’un an d’avoir le coeur brisé une fois de plus d’être sur le point de retourner à Montréal je n’ai pas remarqué que mon passeport avait disparu jusqu’au lendemain matin. J’étais assise sur le sofa chez Brian le sofa un peu mou qui s’enfonçait sous mon poids et je pensais à mon passeport pendant que Laurent appelait le BART. L’ironie était trop forte. Moi moi j’avais voyagé des mois et des mois en Amérique Latine m’étais mise dans des situations aussi stupides que dangereuses avait laissé mon foutu passeport traîner dans tous les coins et c’était la veille de mon départ la veille de mon retour que, à Oakland!, il tombait de ma poche, aussi simple que ça personne ne me l’avait volé il était tombé. De ma poche.
Il n’y avait pas grand chose d’autre à faire d’autre que de marcher jusqu’à la station de train. Récupérer nos billets. Dire au revoir à Brian. Embarquer dans le train. Et attendre d’arriver à Chicago.
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Californie, eh?
C’est l’automne ici les feuilles couvrent les trottoirs et personne ne s’en rend compte tout le monde est dans une auto grise zoom zoom dans les boulevards si larges que traverser la rue. Pfeh. Je me promène Berkeley Oakland San Francisco Palo Alto, le grand bâton. La baie, le monde de la vallée du silicone la technologie partout les iTruc et iMachin. moiTruc moiMachin.
La Californie. Terre promise, oh, avec raison, Californie paradis de nourriture fraîche organique locale nourriture qui fait plaisir au ventre qui fait plaisir à la langue hmm Californie, l’abondance le délice le climat superbe Californie la mer la baie la montagne. Arriver en Californie est presque comme arriver au paradis- arriver dans le monde auquel tant de gens ont rêvé la Californie l’or les fruits arrivée en Californie je pense aux raisins de la colère à ceux qui ont tout laissé derrière pour vivre la Californie vivre le rêve. Il est facile d’y croire à Palo Alto au monde parfait à San Francisco dans l’abondance il est possible de croire que l’argent achète le bonheur.
Mais en Californie le vrai bonheur la vraie raison d’y être en Californie c’est le rayon de soleil qui entre par la fenêtre tombe dans les cheveux de Rosie. Ithaka et le poème dit ask that your way be long. Peut-être je dirais que même si j’y suis restée longtemps peut-être que, en fait, c’est vrai que mon chemin a été long. Reste que maintenant que j’y suis arrivée c’est comme retourner à la maison les feuilles couvrent les trottoirs celles des arbres celles qui sont rouge vif j’en ai ramassé une je l’ai posée sur mon étagère dans la chambre vide que j’ai décidé d’utiliser c’est la première fois que j’ai une chambre depuis que je suis partie de Montréal. Je suis chez moi de nouveau dans une maison immense remplie de cerveaux remplie de, oh, d’amour?
La maison est vide maintenant presque vide Andi fait ses valises elle va en Inde Reba est dans son lit elle va faire du camping près de la côte Rosie dort devant le foyer les braises sont éteintes il fait froid soudainement son chandail bleu rayé une moue de sommeil sur les lèvres.
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À Buenos Aires, il fait chaud. La sueur qui coule le long du dos les vêtements les plus légers possible Sasha se promène en costume de bain dans l’appartement éclats de rouge. Il fait chaud il fait chaud. Il est impossible de penser ici impossible de penser à quoi que ce soit d’autre que je veux prendre une douche.
Je marche sur Defensa la rue de pierres inégales les gens sont tous devenus blonds. Personne ne se cache pour parler anglais sur Defensa prendre des photos c’est le printemps et la saison des touristes. Hors de chez moi je sens un vent sur ma peau sur mes jambes sur mes bras sur mon visage. Soulagement. Je pense à une crème glacée la rue la ville est pleine de crème glacée je pense au froid dans ma bouche je pense à la douche de mon appartement la douche en béton pièce sombre je pense à la sensation de l’eau fraîche sur mon visage. Il fait chaud.
Il y a deux mois nous avons célébré l’arrivée du printemps avec Nick Jake Anaïs. J’étais au lit j’étais malade je ne pouvais rien manger rien d’autre que du yogurt maison une cuiller et une autre cuiller et une autre cuiller délébérément. Nick Jake Anaïs étaient en train de dévorer le souper à table et je n’avais pas pu rester debout j’étais allée au lit et Nick Jake Anaïs étaient venus me rejoindre à minuit nous avions célébré le printemps vive le printemps! que nous avions dit l’hiver à Buenos Aires est- était, vive le printemps!- humide et gris.
Deux mois plus tard ce n’est même pas encore l’été et j’étouffe entre les édifices beige. La nuit est supportable mais pas dans mon appartement mon appartement est comme une serre. À cinq heures du matin Sasha et Justine et moi sommes encore réveillées impossible de dormir il fait trop chaud. Les fenêtres sont ouvertes je sens les gouttes d’humidité se former dans les replis de mon corps mon coude mon genou mon cou se former et lentement glisser attirés par la gravité. Je finis par dormir j’ai terminé de lire mon livre et mon autre livre je m’endors d’un soleil entrecoupé par les bruits du chien Strummer qui monte les marches de métal par Jose Manuel qui se verse un verre d’eau par Allie qui prépare des tacos à vendre dans la rue. Rêves de chaleur.
Le lendemain matin je me réveille avant tout le monde. Il n’y a pas de pain pas de lait pas d’œuf pas de déjeuner et la règle dit Ne Pas Utiliser L’Ordinateur Avant D’Avoir Déjeuné. C’est une bonne règle. Je dois sortir aller au chino comme tous les matins et acheter du pain (un peu brun, le pain, et ils disent intégral) œuf lait. Les fraises sont en saison les poires toujours aussi délicieuses. Il fait plus frais dehors. Au chino, une femme achète plus que trois items et je réalise que je me suis habituée à vivre à Buenos Aires à manger des facturas des galletitas (pâtisseries et biscuits) pour déjeuner. Che, queres un maté?
L’autre soir j’étais chez Martin et le soleil descendait. On va sur le toit? que j’ai dit. Il y avait un vent fort on voyait le fleuve le Rio de la Plata au loin encadré par les édifices du Puerto Madero. Nous sommes restés à regarder la ville changer de couleur. Il s’est mis à faire froid. Enfin.
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Derrière moi, une femme pleure. Ses larmes je les sens comme si elles coulaient le long de mes joues. Ses sanglots aussi ils montent dans sa gorge les sanglots et sortent en cri animal de douleur. Chaque son me heurte vient en onde ils atteignent mon dos entrent et se répandent dans mes veines avec le désir de me retourner de me retourner et de la toucher la prendre dans mes bras et dire chuut je suis là.
Je l’ignore.
L’ignorer est impossible mais je l’ignore. Mes jambes sont croisées les mains sur les genoux les yeux fermés et je l’ignore. Je sais qu’elle existe je la sens sa douleur elle est en moi mais je ne réagis pas je n’ai pas le droit de réagir. Je dois méditer penser à ma respiration qui entre et sort et entre et sort sur les sensations qu’ils ont dit concentrez-vous sur les sensations que sent ton genou que sent ton pouce gauche que sent le sommet de ta tête ne pense qu’à ça.
C’est le quatrième jour de mon cours de médiation. Pour 10 jours, qu’ils disent, pour dix jours je devrai rester silencieuse les jambes en lotus à méditer. Méditer, que je me dis, qu’est-ce que ça veut dire méditer j’ai jamais fait ça de ma vie méditer je sais même pas si je suis d’accord avec la méditation et les “énergies” et les théories foireuses qu’il faut croire pour pouvoir se “connecter avec sa spiritualité”. Mais j’y suis j’y reste et quand elle a dit buen viaje Sofia pas la bicyclette l’autre celle que j’ai rencontré le jour zéro j’ai eu peur et j’ai eu hâte et je me suis dit dans quoi je me suis embarquée.
Le jour quatre le jour quatre le jour quatre- le jour quatre nous commençons la Technique concentre-toi sur les sensations starting from the top of your head que nous dit l’enregistrement la voix de Goenka le Professeur. Il faut se déplacer mais lentement ne pas oublier le moindre recoin et surtout surtout observer avec équanimité- equanimidad que dit la traduction en espagnol, equanimity que dit le Professeur en anglais avec son accent indien. Ne pas réagir, seulement observer. Regarde, j’ai mal au genou. Regarde, j’ai froid au nez. Regarde, j’ai envie de pleurer moi aussi de crier de me lever de lancer mon coussin et de hurler dire JE NE SUIS PAS CAPABLE de quitter la salle rageusement. Regarde, c’est passé- la douleur, elle est passée. Equanimidad.
Au jour six moi aussi je pleurais. Honteuse. Proprement. J’ai attendu la fin de la méditation en groupe je me suis dirigée posément vers un bosquet je me suis roulée en boule j’ai couvert mon visage avec mon foulard. Et j’ai sangloté silencieusement pour que personne ne m’entende j’ai sangloté de douleur personne ne peut m’aider maintenant que j’ai pensé la douleur que j’ai c’est une douleur que j’ai qui est à moi seule et je dois apprendre à vivre avec que j’ai pensé. La cloche a sonné- on retourne à méditer. J’ai essuyé mes larmes me suis levée ai bu un verre d’eau et y suis retournée.
Au jour neuf moi aussi je pleurais. En plein milieu de la méditation en groupe la pensée m’est venue soudainement je pensais aux gens que je connais aux gens qui m’entourent et est monté cette bouffée de- gratitude? Les larmes ont commencé à couler je n’avais jamais pleuré de bonheur. Les sillons causés par les sanglots la sensation je l’observe je sens l’humidité sur mes joues le froid et à l’intérieur je me sens immensément heureuse.
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À Buenos Aires, le printemps s’est emparé des arbres. Le bateau qui s’approchait du port, la main sur la bicyclette, le vert qui mousse autour des gratte-ciels de Puerto Madero. Les odeurs de poisson et de fleurs. Buenos Aires est soudainement devenue plus jolie encore et même le trafic impensable qui bouche chacune des rues ne m’énerve pas. 17 jours de séparation, Buenos Aires, on aurait dit cent ans. Quand je suis arrivée chez James il m’a donné un câlin et il a dit comment c’était- j’ai dit incroyable. Increíble.
C’est difficile de raconter des histoires, ou peut-être que c’est difficile de choisir quelle histoire. Qu’est ce que j’ai appris, je pense, qu’est-ce qui vaudrait la peine d’enseigner au monde. Comment ne pas utiliser son couteau de poche pour réparer des freins? Comment faire la même blague, chaque soir, 100 km plus loin? Les questions sont toujours les mêmes, tout le temps, mille fois par jour. ¿De donde vienes? ¿Pero viajas sola? ¿Y que piensen tus padres? ¿Hace cuanto que viajas así? ¿Y no extrañas a tu familia? Et, inévitablement, ¿No tenes miedo?
No tenes miedo. Tu n’as pas peur. Évidemment que j’ai peur. Ce sont les hommes, surtout, bien sûr, qui me font peur. Les sifflements dans la rue, les mains qui touchent sans gêne, les regards lourds de sous-entendus. Peut-être que c’est ce que je peux enseigner maintenant- l’amoureux imaginaire qui va venir te casser la geule si tu t’approches de moi. Le pepper spray. Couvrir son corps essayer de n’avoir l’air de rien regarde ça ne vaut pas la peine. Bien sûr que j’ai peur, à vivre dans un monde comme ça. Arriver chaque soir bonsoir est-ce que je peux planter ma tente dans un coin vous êtes marié ou vous vivez seul ah oh, merci d’abord à plus tard.
Il y a des années de ça, ma grand-mère paternelle m’a dit quelque chose incroyable. Elle m’a dit tu sais j’ai passé ma vie à avoir peur- peur du moindre éclair ou du moindre visage inconnu. Et j’ai pensé ma vie va être différente. Et au lieu d’être une ancre, la peur, au lieu d’être quelque chose qui m’envahit et paralyse chacun de mes muscles au lieu de me bloquer au lieu de me rouler en boule et de me cacher sous les couvertures au lieu de me fondre dans le moule et espérer prier pour que jamais jamais je n’ait besoin d’affronter la peur au lieu de survivre à la peur j’ai décidé de l’ignorer. L’affronter, peut-être même. J’ai décidé que la peur ne serait jamais une raison pour ne pas faire quelque chose. Parfois les gens me disent c’est inspirant ce que tu fais et je souris. Tant mieux. Parce que j’ai découvert un secret. Bien souvent, il n’y a aucune raison pour avoir peur.
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Je suis donc revenue de l’Uruguay un peu plus heureuse un peu plus mature avec un peu plus d’histoires à conter. Un peu plus sûre de moi, probablement. Un peu plus capable de survivre dans le monde, un peu meilleure à parler avec des étrangers, encore plus s’ils ont un accent uruguayen plein de chhsss. C’est drôle une bicyclette. Je crois, vraiment c’est possible, non? je crois qu’une bicyclette ça a une âme.
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La ou je suis, quand tu arrives au sommet dune colline, ce que tu vois ce nest pas la descente qui tattend, mais plutot la prochaine colline, juste en face. Cest la faute du vent, tellement fort quil faut meme pedaler pour descendre. Tu baisse les vitesses, tu forces avec le haut des fesses humpf et chaque fois que tu arrives au sommet, cest pour voir la prochaine serie de collines quil te faudra attaquer. La ou je suis, cest lUruguay.
La question que personne ne ma encore posee cest Aimes-tu ca? Cest mieux comme ca, parce que je ne saurais pas quoi repondre. Aimes-tu ca? Oui. Cest probablement la meilleure aventure que jaie jamais vecue. Chaque jour je me reveille dans la meilleure tente du monde, lentement remets les paniers sur la biciclette et continue mon chemin. Chaque soir, avec les ombres qui sallongent, je choisis la ferme qui me semble la plus sympathique. Vous me laissez poser ma tente ici, sil vous plait? Je sors mon tapis de sol a 40 pesos, mon sac de couchage donne par ma grand-mere il y a des annes de ca et jenleve mes souliers. Je regarde la carte, trace la ligne du chemin que jai parcouru dans la journee et commence a cuisiner. Chaque nuit est differente et rassurante de monotonie a la fois. Aimes-tu ce que tu fais, la reponse est oui. Je nai jamais ete autant peu stressee. La vie est simple.
Neanmoins, quand on me pose la question Ca fait combien de temps que tu voyages, je pousse un soupir. Un an, que je dis, un an que ca sera le 7 octobre. Dans 2 jours.
Dans deux jours je serai a la mer. Et apres, je tourne la biciclette et je retourne vers louest. Et apres, le nord.
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Avec Nacho nous sommes allés voir un train qui a brûlé. C’est quand j’ai vu ses photos et que j’ai vu la photo du train j’ai dit
où est-ce que c’est ça
et il a dit
c’est pas loin de chez moi si tu veux on va voir un jour.
Bien sûr que je voulais aller voir j’ai dit
oui s’il te plaît oui je veux.
Alors nous sommes allés dimanche hier dans la journée. Il faisait tellement soleil peut-être que je me suis un peu brûlée les joues pas trop seulement un peu et c’est le printemps finalement les fleurs elles sentent bon. Tu passes en-dessous d’un arbre et ça sent tellement bon que tu t’arrêtes et tu respire à plein poumons. J’avais ma bicyclette Sofia et je suis arrivée chez lui après m’être perdue dans le parc Centenario c’est un parc rond, on perd le sens des rues là-dedans.
Quand il a dit
c’est un train qui a brûlé je sais il est où
je m’imaginais le classique la gare de triage sombre la clôture les genoux sales les mains aussi, grimper et se faufiler dans des coins interdits.
Je suis arrivée chez lui il est descendu avec son vélo et nous sommes partis et arrivés
au club de ferromodelismo
le club de amateurs de maquettes de trains. Ceux qui construisent des rails dans leur sous-sol et lancent le train tooot tout est électrique et dans le club il y avait trois adolescents, trop larges dans leurs vêtements, mal à l’aise avec leurs corps immenses qui réparaient le modèle réduit. Le club est dans un vieux wagon encore sur des rails entouré d’autres vieux wagons qui tous appartiennent au club.
Pour arriver au wagon qui a brûlé il faut se faufiler au-dessous du wagon avec les adolescents. Il y avait une fleur on aurait dit qu’elle était sortie tout droit de la jungle mauve vif Nacho il a pris une photo moi aussi avec ma caméra en boîte d’allumettes. Le wagon avait des couleurs incroyable orange brûlé et bleu et les couleurs de la rouille et des magasines porno avec des seins dans le fond là-bas probablement que la nuit quand le club est fermé des sans-abris viennent dormir là-dedans.
J’ai marché lentement dans les ruines j’ai pris quelque photos surtout des couleurs j’ai ramassé des morceaux de vitre ils ont eu tellement chaud qu’ils ont fondu et maintenant ils ont des couleurs incroyable. En me réveillant l’avant-veille j’ai dit
je veux coincer des fleurs séchées entre deux vitres et les offrir en cadeau aux gens que j’aime.
Je sais pas pourquoi j’ai dit ça juste en me réveillant à Emily je lui ai dit elle allait partir pour le marché et je l’ai retenue pour lui dire ça le matin parfois je crois que je ne sais pas trop ce que je fais. Maintenant je suis amoureuse des morceaux de vitre par contre les jolis et Jake il m’en a ramené un à la maison aujourd’hui il est sorti se promener et en revenant il avait à la main deux morceaux de vitre pour moi c’était gentil.
J’ai pris des photos et Nacho aussi plus que moi et nous nous sommes glissés sous l’autre wagon pour retourner à nos vélos et nous sommes allés nous promener dans la ville. Il est cool Nacho. Plein de surprises.

J’ai eu la chance de découvrir cette semaine comment il fonctionne le système de santé en Argentine. Il fonctionne bien. Maintenant que je me sens mieux, je me retrouve avec une radiographie de mon thorax et une nouvelle notion de ce que c’est d’avoir un système de santé public. Ici, ils font beaucoup avec peu.
Pendant que j’étais coincée au lit l’œsophage en feu à tenter de faire entrer cuillerée de yogourt après cuillerée de yogourt, la douleur insoutenable, pliée en deux la fièvre je veux ma maman, je me suis mise à penser à ce que je veux de l’Argentine ce que je veux de moi ce que je veux point. Et j’ai décidé de rentrer pas tout de suite mais bientôt. Simplement l’idée que je suis prête à rentrer que je puisse envisager l’idée que j’ai envie de rentrer de faire de la bière maison d’apprendre à cueillir les champignons du Mont-Royal de me souvenir du nom des rues- c’était nouveau. Impensable non, nouveau. Et même rétablie j’y pense encore c’est vrai et j’ai- hâte.
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Rosie est partie aujourd’hui et je me suis mise à regarder les billets d’avion. Ils sont partout sur l’internet il n’y a qu’à taper “plane tickets” et ils apparaissent et les moins chers les moins chers ils sont de Montevideo à San Francisco. Je le sais parce que c’est exactement ce que j’ai envie de faire, prendre l’avion jusqu’à San Francisco et donner un câlin à Rosie et un autre à Rachel et un autre à Bobby – un très gros à Bobby – et de me rouler en boule, en cuddle puddle, sur le tapis du salon entre les sofas plein de poussière les bacs de riz et raisin sec avec Rachel et Rosie et les autres en câlin géant et puis nous pourrions aller danser dans la salle de bal aux murs blancs. Puis nous pourrions cuisiner ouvrir l’armoire pleine de légumes biologiques local équitable en saison et choisir et faire à manger quelque chose de simplement délicieux uniquement parce que les légumes sont tellement incroyables en Californie.
Avant qu’elle parte, avec Rosie, et Nick qui vient d’arriver, nous sommes allés voir le parc d’attraction Tierra Santa, terre sainte, le parc d’attraction le plus étrange au monde, un parc thématique de JÉSUS. Nick est un peu déprimé ou bien stressé mais il semble malheureux d’être ici et même quand nous avons rencontré le pêcheur en chemin vers le parc il a à peine souri. Le pêcheur il avait des poissons gros comme ça qui pendaient attachés par la bouche sur le banc. Ils viennent nous voler notre eau c’est ce qu’il a dit il a dit ça et puis il a expliqué que les gens viennent des autres pays avec des bateaux pleins d’eau salée et ils viennent dans leur fleuve à eux décharger l’eau salée et voler l’eau douce. Je lui ai demandé si l’eau salée faisait du tort aux poissons et il a dit non mais je crois en fait qu’il ne le savait pas. Le pêcheur il avait juste une seule dent et les poissons qui pendaient s’appelaient dorado, doré et en anglais ça donne goldfish c’est drôle non?
Quand nous sommes descendus du train pour aller au parc de JÉSUS nous avons trouvé un autre parc tout aussi étrange mais beaucoup plus tragique un parc dédié à la mémoire de tous ceux et celles qui sont disparus pendant la dictature en Argentine il y en a beaucoup il y avait une sculpture avec les noms et la sculpture était immense et parfois il y avait un papier à côté d’un nom les noms ils avaient des ages et il y avait un nom qui disait 14 ans et le papier disait qu’elle avait du cacher son frère et sa sœur dans une poubelle pour sauver leur vie et elle elle n’a pas survécu elle avait 14 ans. Je me suis collée sur le mur et ai formé les lettres avec mon doigt elle avait 14 ans et quelqu’un a dit elle doit mourir.
Quand nous sommes arrivés au parc nous étions juste à temps pour voir le spectacle de la nativité de JÉSUS. Il y avait des mannequins muñecas j’oublie toujours ce mot il y avait des mannequins mécaniques et une voix qui venait de quelque part qui racontait l’histoire de JÉSUS qui est né et les roi mages et il y avait les bergers et un des bergers avait des muscles tellement gros qu’on aurait dit Arnold Schwarzenegger. Comment est-ce qu’un endroit comme ça peut donner envie à quelqu’un de respecter la religion catholique comment est-ce qu’un endroit comme ça peut exister? Quand nous sommes arrivés au spectacle de la dernière cène il y avait encore un JÉSUS mécanique et à la fin il levait les bras comme ça lentement avec les pistons qui bougeaient mécanique le JÉSUS et il me faisait peur. Je me suis dit je vais faire des cauchemars c’est impossible. Il y avait des autobus plein de jeunes écoliers et écolières et ils-elles étaient là à prendre des photos acheter des souvenirs manger de la pizza et moi qui croyait que la religion c’était quelque chose de sérieux visiblement la religion ce n’est rien d’autre qu’un parc d’amusement. De l’autre côté du mur il y avait un parc d’eau avec des glissades mais tout était vide c’est l’hiver ici il n’y avait pas d’eau mais il y avait les avions qui passaient l’aéroport est juste à côté une minute tu regardes JÉSUS sur la croix et l’autre tu regardes un avion qui descend où suis-je.
Nous sommes repartis à pied le soleil se couchait. Nous sommes allés au barrio chino j’y vais trop souvent mais c’est le seul endroit en ville ou je peux acheter du beurre d’arachide sans sucre je suis en Argentine je devrais manger des empanadas mais parfois j’ai envie de manger du beurre d’arachide nous avons acheté du gruau et pris la 29 et nous sommes rentrés à la maison.
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Hier soir, je suis entrée illégalement dans la réserve écologique de Buenos Aires. Juste avant de m’y rendre, en chemin dans les rues de San Telmo, j’ai trouvé une de ces plaques d’immatriculation temporaires sur le sol, devant la bouche béante d’un camion-vidange. Je me suis penchée, l’ai ramassée, l’ai coincée dans mon jean et ai hâté le pas. Belle trouvaille, qu’il a dit, mon compagnon d’infraction.
Entrer dans le parc fut un jeu d’enfant: il n’y a même pas de barrières. Après avoir traversé un champ de tiges beiges au bruit délicieux, nous sommes arrivés sur le sentier, désert, éclairé par la (presque) pleine lune. Les bruits de la ville avaient soudainement disparu, les autos la cumbia les klaxons les autobus les passant l’accent italien les feux rouges les autos, tout ce qui restait était le son des chauve-souris. Le chemin, bien rapidement, nous a mené aux rives du Rio de la Plata à l’eau brune et à la plage rocailleuse. Mon compagnon s’est penché, a trempé un doigt dans l’eau et l’a porté à sa bouche. Salé? Non.
Nous nous sommes assis sur un branche et avons admiré les étoiles. Orion? Comment peut-on voir Orion dans l’hémisphère sud? Et le taureau? Et les pléiades? Mais, regarde, ils sont à l’envers. Buenos Aires est unique en son genre- le vent qui souffle du Rio dégage bien souvent le ciel et, malgré ses 13 millions d’habitants, il est possible de voir des étoiles à l’œil nu, presque chaque soir. À l’obélisque, un homme ventd la lune avec son télescope. 5 pesos, qu’il m’a dit la nuit d’avant. Merci, non. Son ami vient nous voir quelque instants plus tard- vous venez de yankee-land? Mes amies me regardent, non non je suis canadienne. Parfois, elles profitent de ce que je sois la seule non-californienne du groupe pour passer incognito.
En ressortant du parc, nous nous sommes arrêtés à un stand de rue pour souper. Il était 3h du matin et mon estomac grondait. La table donnait vue sur les arbres, les clients autour de nous prostituées et chauffeurs de taxi, un autre monde, groupes d’amis assis sur des chaises en plastique une Quilmes sur la table. On nous avait servi un morceau de viande sur une baguette coupée en deux que nous avions couvert de tous les condiments possible. Fatigue. Ma plaque d’immatriculation était devenue chaude, à la longue. Le sandwiche avait un goût de nuit heureuse.
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Buenos Aires est l’enfant bâtard de Paris et New York, femme trentenaire qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, pleine de complexe et de remise en doute.

