Ce matin, je ne m’attendais pas du tout à me réconcillier complètement avec mon journal préféré. Suite aux événements que vous savez, j’avais un vague doute chaque matin en ouvrant ma boîte aux lettres. «Quelle naiserie vais-je être obligée d’endurer en couverture aujourd’hui?» pensais-je à ce moment. Et puis, oui, l’événement s’était reproduit, d’autres pages frontispices avaient frôlé l’insulte à la qualité du journal.
Mais, ce matin, tout ça s’est effacé. C’est après un toujours excellent article de Jean Dion (que je lis et lirai envers et contre tout) et un autre très intéressant sur l’avenir de YouTube (j’aurais du me douter qu’un article intéressant dans la section économie signifiait que «le meilleur s’en vient») que j’ai posé l’oeil sur la section Culture et l’article de Sylvain Cormier dans lequel il nous critique, pour le plus grand plaisir de la bitch inavouée que je suis, le récent spectacle de Mariah Carey. Voyez plutôt:
«Mariah Carey au Centre Bell – La diva du caniveau
Sylvain Cormier
Édition du mercredi 16 août 2006
Sûr et certain, je n’allais voir qu’eux. Le droit. Le gauche. Les baudruches, quoi. Elle n’arriverait qu’après: normal, ils sont toujours devant. Les implants mammaires sont pressés de se montrer, c’est dans leur nature. Et pourtant non. Quand Mariah Carey est apparue sur le plateau supérieur de la gigantesque scène de ce spectacle intitulé The Adventures Of Mimi: The Voice, The Hits, The Tour, ce qui frappait, bien plus que la poitrine démesurément augmentée, le bikini noir impossiblement serré et le deshabillé forcément transparent, c’était la démarche. Gauche. À la limite du grotesque. Foncièrement malaisée sur les talons aiguille. Une démarche de gamine qui tente de faire la femme et qui ne parvient qu’à faire maladroitement et pathétiquement la rue: à 36 ans, au-delà des ravalements de façade, Mariah Carey est une méga-star de la pop qui ne sait pas comment se tenir sur ses pieds.
C’était comme si Mariah Carey n’était pas à sa place. Comme si le fabuleux dispositif scénique — le décor de ballroom sorti droit des Ziegfield Follies, le grand escalier, les six écrans géants, les six danseurs, les jeux d’éclairages d’une fantastique efficacité — ne pouvait que concerner quelqu’un d’autre. Une Madonna, une Cher, une Diana Ross, voire une Céline. N’importe qui sauf elle. Mariah Carey, hier au Centre Bell, était si triomphalement ridicule que j’en étais gêné. Pour elle. Pour ces 18 000 spectateurs qui l’acclamaient pour ainsi dire sans la voir, éblouis par la chair et les lumières mais surtout subjugués par la fameuse voix aux cinq octaves. Mariah marchait mal, dansait plus mal encore, descendait péniblement les marches de l’escalier, faisait si gauchement l’aguichante qu’elle m’était attendrissante, mais tout cela était invisible à qui recevait ses notes ultra-aigües comme la preuve de l’existence de Dieu. Plus ses jeux de trapéziste de la corde vocale étaient vertigineux (dans My All, Vision Of Love et sa version d’I'll Be There de Micheal Jackson, tout particulièrement), plus ça exultait. Et plus Mariah souriait, de son grand sourire ravi et niais, plus les gens étaient heureux.
Il faut dire qu’ils acclamaient aussi, à chaque fois, la survivante. La comeback girl. Celle qu’on avait crue perdue, carrière brisée après la fin de son mariage avec Tommy Mottola le patron de multinationale du disque, sombrée dans la dépression, celle qui a retrouvé le chemin du succès toute seule, écoulant à dix millions d’exemplaires son dernier album, The Adventures Of Mimi. Tout le mauvais goût du monde, fut-ce le plus banal accoutrement de pute que l’on puisse imaginer, fut-ce le don vocal le plus racoleusement utilisé qui soit, fut-ce la volonté de séduction la plus bancalement menée, rien ne résiste à un désir aussi fort d’être au sommet et à un bonheur aussi patent de s’y retrouver. C’est ainsi : on aime les gagnants. Et les sommets. Et les notes qui font éclater les verres, mais pas les implants mammaires.
Collaborateur du Devoir»
Quand même, hein! ^^