you are the best food for me.


why I am home
31 janvier 2012, 11.48
Filed under: Español, Français

À force de répétition les mots ont perdu tout leur sens sont devenus des masses informes coulantes comme du beurre trop mou du beurre filmé en gros plan du beurre un peu moisi. Les mots répétés chaque jour presque à chacune de ces personnes qui me le demande comment vas-tu comment s’est passée ton année wow tu as changé. Je répète inlassablement non je n’ai pas changé je suis seulement plus sûre de moi je suis moi-même exactement moi-même mais maintenant je n’ai plus honte de le montrer. Rhétoriquement parlant, honte honte c’est un peu fort peut-être gêne timidité manque de savoir-faire honte pas vraiment seulement maintenant quand je ne suis pas d’accord j’élève la voix et je dis non bien fort.

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Montréal n’a pas changé a changé certainement de mille façons infimes magnifiques je regarde Montréal sans envie sans désir je ne souhaite pas que Montréal soit la Californie je ne souhaite pas que Montréal soit l’Argentine je ne souhaite même pas que Montréal soit Montréal tout ce que je veux c’est (all I want is).

Mille projets j’en avais rêvé les projets construire mon propre vélo apprendre la photographie prendre des cours de danse mille projets pour mon corps et mon intelligence mille projets et pour une fois je les réalise peut-être que j’ai changé pour une fois je ne suis plus paresseuse.

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Estoy en casa porque no tenía más ganas de viajar no me gustaba más lo único que podía pensar estaba quiero mi casa quiero mi casa quiero mi cuarto en mi departamento mi vida privada mis proyectos y sobre todo quiero estar sola. Ahora estoy en casa la gente siempre se sorprenden de escuchar que volví a casa porque tenía ganas como si no se podía como si era imposible que yo yo yo no quiero viajar más. Pero ahora estoy acá estoy feliz.



aviones de carton
21 janvier 2012, 15.01
Filed under: English

Maybe you haven’t noticed but Emily and I have been doing the collaboration thing on this other blog we have it’s called aviones de carton it means cardboard planes. They’re heavier, imagine, cardboard planes, they don’t fly quite as well and you can’t really fold them either can you. Maybe you could use a laser cutter to get shapes and then maybe some glue unless you made them to fit perfectly together with the bright light of that laser it makes such a loud noise and the pieces come out sharp lines and they fit together as if they were made to be so and well, they were, weren’t they.

Maybe that’s a metaphor I don’t think so though I think what I’m trying to say is that I like laser cutters also our blog is really nice you should check it out Emily this lady she’s wildly talented.



California Zephyr
17 janvier 2012, 18.32
Filed under: Français

Quand j’ai réalisé que j’avais perdu mon passeport j’ai soudainement cessé de chercher dans mes poches et j’ai annoncé j’ai perdu mon passeport. Laurent et Brian ont levé la tête et j’ai répété j’ai perdu mon passeport. Je cherchais dans mon sac, frénétiquement, touchant les poches de mon manteau pour la millième fois j’ai répété j’ai perdu mon passeport parce qu’il n’y avait rien d’autre à dire. Laurent s’est mis à téléphonner à la police et je me suis assise sur le sofa le dos droit, non, probablement le dos un peu évaché les yeux humide le corps raide, raide de fatigue de stress de tristesse aussi d’être sur le point de partir l’esprit tournant en rond où est mon passeport.

Nous étions sur le point d’embarquer dans le train celui qui va de Emeryville, à côté d’Oakland à côté de la maison de Brian dans le train jusqu’à Chicago Illinois. Mon passeport était dans ma poche la veille je me souviens nous allions manquer l’autobus je m’étais mise à courir ma poche était ouverte mon lecteur mp3 était tombé dans le noir je l’ai ramassé j’ai continué à courrir nous sommes embarqués dans l’autobus j’étais stressée d’avoir dit au revoir à Ithaka pour la quatrième fois en un peu plus d’un an d’avoir le coeur brisé une fois de plus d’être sur le point de retourner à Montréal je n’ai pas remarqué que mon passeport avait disparu jusqu’au lendemain matin. J’étais assise sur le sofa chez Brian le sofa un peu mou qui s’enfonçait sous mon poids et je pensais à mon passeport pendant que Laurent appelait le BART. L’ironie était trop forte. Moi moi j’avais voyagé des mois et des mois en Amérique Latine m’étais mise dans des situations aussi stupides que dangereuses avait laissé mon foutu passeport traîner dans tous les coins et c’était la veille de mon départ la veille de mon retour que, à Oakland!, il tombait de ma poche, aussi simple que ça personne ne me l’avait volé il était tombé. De ma poche.

Il n’y avait pas grand chose d’autre à faire d’autre que de marcher jusqu’à la station de train. Récupérer nos billets. Dire au revoir à Brian. Embarquer dans le train. Et attendre d’arriver à Chicago.



crunchy snow
8 janvier 2012, 15.09
Filed under: English

After one beer a few sips of whiskey sitting on the deck in Oregon of all places the lake right there cracking sounds like laser shots psiew psiew there’s a fire on the ice and people you just met this is what life looks like when you’ve been away from home (but Ursula said you can go home again […] so long as you understand that home is a place where you have never been) for so long that you barely remember what your phone number is. After a few drinks not so many you can still drive the truck up the hill you can still ice-skate play hockey on the lake but there’s this languid desire to feel someone’s lips on yours to fall in love to feel your heart beat faster only for a minute while you have this first conversation that might lead you maybe to- who knows- everyone knows that foggy place full of cotton-candy and cold lakes. It’s only the warm liquid you know it but still. Still.