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zurückbleiben bitte
19 octobre 2014, 13.42
Filed under: Français

J’ai immédiatement reconnu l’odeur du U-Bahn. Dix ans – peut-être neuf – dix ans plus tôt j’avais passionnément aimé cette odeur. C’était d’ailleurs à peu près la seule chose que j’avais aimé – l’odeur du métro de Berlin. J’avais aimé m’assoir dans les trains à écouter les gens parler dans une langue inconnue, mélodieuse. Entendre les annonces dans les haut parleurs et tenter de comprendre ce qu’elles disaient. C’était juste assez déroutant et juste assez confortable, facile à apprivoiser et toujours surprenant.

Il y a dix ans, Berlin ne m’avait pas séduite. En plein hiver, je l’avais trouvée trop froide et humide, pas assez belle. À l’époque, je détestais la personne que j’étais, les amies dont je m’étais entourée. Je détestais l’angoisse de mon coeur amoureux qui se sentait si petit. Les choses que j’avais aimées de ce voyage se résumaient à bien peu: voir l’austère stade olympique pendant un après-midi gris; me perdre dans le mémorial pour l’holocauste; tenir sa main dans le S-Bahn; courir dans le musée d’art moderne vide, le soir.

Dix ans plus tard l’odeur me fait sourire, comme une vieille amie que l’on retrouve. Sous ma peau tendre, elle fait frétiller des souvenirs douloureux. Me rappelle la forme de sa main, sa chaleur, l’odeur de mon lit après une trop courte nuit avec lui. Malgré tout, être à Berlin me fait plaisir, de la même manière qu’on aime jouer avec une blessure pas encore complètement cicatrisée. Dix ans plus tard, il est surtout difficile de ne pas aimer Berlin, dans la lumière chaude de l’automne qui s’étire, le long du canal, avec le bruit des arbres qui frétillent en laissant tomber leurs feuilles.

Je suis ici en voyeuse, je touche la ville du doigt sans vouloir y enfoncer mon bras. Je passe mes journées à la regarder, à l’apprivoiser – je garde une distance timide, incertaine de vouloir me plonger dans le tourbillon.

Je crois que je ne suis pas encore prête.

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