you are the best food for me.


libellule is a beautiful word
28 juin 2015, 19.46
Filed under: Français

Dans l’après-midi, nous avions dû aller chercher le chandail de Théo. C’était ma faute si nous l’avions oublié sur l’île – je l’avais sorti du canot pour le faire sécher quand nous avions atterri sur la roche et j’avais oublié de le reprendre après notre baignade. Théo ne s’était pas fâché, mais il était évident que le plus vite il le retrouverait, le mieux ce serait. Une heure après le lunch, nous sommes donc parties en canot, Théo à l’arrière, Gillian dans le milieu, moi à l’avant, en direction de l’île chauve.

À notre retour, le sauna était presque prêt. On pouvait voir depuis le lac la fumée sortir d’entre les arbres. Le feu roulait depuis plusieurs heures et les roches dedans étaient incandescentes. Le petit cabanon rustique qui nous servirait de chambre chaude avait connu des améliorations qui allaient enfin le rendre étanche.

Une fois le souper englouti et le soleil couché (un coucher de soleil magnifique, éclairant le ciel entier en un incendie de rose), nous nous sommes serrées à huit dans l’espace exigu du sauna. Un petit poêle à bois fournissait une chaleur délicieuse et les roches brûlantes servaient à emplir l’air de vapeur odorante, grâce aux branches de cèdre que nous utilisions pour lancer de l’eau dessus.

Quand la chaleur est devenue insupportable, nous sommes toutes parties en courant vers le lac. Un-deux-trois- l’eau était délicieuse, la lune perçait entre les nuages, les grenouilles croassaient.

 

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Surexposition
3 février 2015, 2.55
Filed under: English, Français

Un peu après 23h le camion s’est coincé dans un banc de neige. I had been doing this for about four hours now, it was getting late and I’d had a long day. When the truck got stuck, Jesse got out of the driver’s seat, pulled a shovel out of the bed and started ploughing the wheels. I stood there, useless – there was only one shovel.

Earlier that day I was in my very first math class in ten years. I’d gotten there 5 minutes early and had grabbed a seat at the side of the room, not too close to the front, not too far at the back. It was snowing outside, the roads were slippery. On my way to class, somebody had yelled at me «achète-toi un char ostie!» and it had made me grin- I don’t know why I grinned, I guess because biking in the snow is one of my favourite things.

Jesse sent me a text message sometime during my class and I secretly tried to answer it. « I need help tonight my co-worker bailed you’d get paid eleven per hour are you available at six? » « Yes! »

I was to be on the corner of Ste-Catherine and Berri at six and he would pick me up in his truck and we’d do his milk run. Jesse calls it that, but what I had to do was collect people’s compost and replace it with empty compostable bags tied to the bins. I was a garbage collector for one evening.

Four hours later the truck got stuck and all I could do was grin again, but this time it was because I was having a great time. My hands smelled like rotten bananas and coffee grounds. We got unstuck, shared a high five – « team work! » – and kept going. Collect the bag. Tie a knot. Leave an empty bag. Throw the whole thing in the truck. Get in the truck. Pick up the conversation where we left it, what was I saying again?

The streets were all ours, the truck kept slipping and we’d laugh. As we were driving up Bagg street (one way, East-West) the mountain suddenly appeared in front of us, the lit up cross standing proud at its peak. It was beautiful. I grinned.

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Lettre ouverte : Pourquoi un vélo fantôme ?
6 décembre 2014, 19.07
Filed under: Français

Le 4 décembre, nous avons posé un vélo blanc sur la rue Wellington à Montréal, ainsi que nous l’avions fait en août 2013 sur l’avenue du Parc et en mai 2014 sur la rue Saint-Denis. Ces vélos fantômes, comme on les appelle, sont installés sur les lieux où un ou une cycliste a perdu la vie.

Il ne s’agit en aucun cas d’envoyer le message que faire du vélo est dangereux, mais bien d’honorer la mémoire de la victime, d’être solidaire de la famille et de sensibiliser chacun au partage de la route. Dans un monde où s’enchaînent les faits divers et accidents, le vélo fantôme qui perdure dans l’espace public peut susciter une réflexion durable.

Griffintown, lieu de deux accidents cyclistes mortels depuis 2013, est un de ces nouveaux quartiers du centre-ville où l’on cherche à attirer des résidents que l’on espère adeptes des transports actifs. Or, notre ville a été conçue pour l’automobile et l’urbanisme d’aujourd’hui reflète notre incapacité à penser les aménagements urbains de manière inclusive.

En côtoyant le vélo blanc, piétons, cyclistes, automobilistes et camionneurs se questionneront peut-être sur la présence des poids-lourds en ville, sur notre tolérance face aux angles morts et sur l’absence de jupette, ces barres de protection latérale qui empêchent une personne de glisser sous les roues lors d’un impact. Le coroner dira en temps voulu si un tel équipement aurait permis ici d’éviter le pire, mais on sait que le Bureau du coroner a déjà recommandé cette mesure.

Il n’est pas dangereux de faire du vélo à Montréal. En réalité, le nombre d’accidents graves impliquant les cyclistes diminue chaque année. Pourquoi ? Avant tout parce que les cyclistes se multiplient, et ce en toute saison. À cet égard, nous nous réjouissons du maintien de BIXI. Les deux roues prennent leur place, ce qui rend les automobilistes plus vigilants et amène les autorités à prendre en compte cette réalité pour mieux aménager la ville.

Au-delà des infrastructures, des changements au Code de la sécurité routière et des éternels débats sur le port du casque, les mentalités doivent changer. Nous devons dès maintenant penser aux usagers les plus vulnérables : les piétons et les cyclistes.

Les vélos fantôme incitent à ne pas baisser la garde et à continuer d’agir pour améliorer la situation. Nous avons d’ailleurs une pensée pour les piétons et piétonnes décédés cette année à Montréal, dont plusieurs dans des accidents impliquant des camions, comme dans le cas du décès de Salim Aoudia sur la rue Wellington la semaine dernière. Agir pour les uns, c’est agir pour les autres.

Gabrielle Anctil et Hélène Lefranc, piétonnes, cyclistes et automobilistes

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Dans les archives
1 décembre 2014, 13.18
Filed under: Français

« J’étais donc partie avec un sac à dos, déguisant mon échec sous une victoire qui, pour être éclatante, n’était qu’un vernis brillant très très mince. »

NaNoWriMo 2011



zurückbleiben bitte
19 octobre 2014, 13.42
Filed under: Français

J’ai immédiatement reconnu l’odeur du U-Bahn. Dix ans – peut-être neuf – dix ans plus tôt j’avais passionnément aimé cette odeur. C’était d’ailleurs à peu près la seule chose que j’avais aimé – l’odeur du métro de Berlin. J’avais aimé m’assoir dans les trains à écouter les gens parler dans une langue inconnue, mélodieuse. Entendre les annonces dans les haut parleurs et tenter de comprendre ce qu’elles disaient. C’était juste assez déroutant et juste assez confortable, facile à apprivoiser et toujours surprenant.

Il y a dix ans, Berlin ne m’avait pas séduite. En plein hiver, je l’avais trouvée trop froide et humide, pas assez belle. À l’époque, je détestais la personne que j’étais, les amies dont je m’étais entourée. Je détestais l’angoisse de mon coeur amoureux qui se sentait si petit. Les choses que j’avais aimées de ce voyage se résumaient à bien peu: voir l’austère stade olympique pendant un après-midi gris; me perdre dans le mémorial pour l’holocauste; tenir sa main dans le S-Bahn; courir dans le musée d’art moderne vide, le soir.

Dix ans plus tard l’odeur me fait sourire, comme une vieille amie que l’on retrouve. Sous ma peau tendre, elle fait frétiller des souvenirs douloureux. Me rappelle la forme de sa main, sa chaleur, l’odeur de mon lit après une trop courte nuit avec lui. Malgré tout, être à Berlin me fait plaisir, de la même manière qu’on aime jouer avec une blessure pas encore complètement cicatrisée. Dix ans plus tard, il est surtout difficile de ne pas aimer Berlin, dans la lumière chaude de l’automne qui s’étire, le long du canal, avec le bruit des arbres qui frétillent en laissant tomber leurs feuilles.

Je suis ici en voyeuse, je touche la ville du doigt sans vouloir y enfoncer mon bras. Je passe mes journées à la regarder, à l’apprivoiser – je garde une distance timide, incertaine de vouloir me plonger dans le tourbillon.

Je crois que je ne suis pas encore prête.



Hortensia
1 août 2014, 12.13
Filed under: Français

J’en trouve pas des histoires à raconter l’Irlande c’est _beau_ rien ne se passe mal, rien n’est brisé. Alex j’ai pas envie de lui crier après ni de m’en débarrasser. Pas d’histoires à raconter que des images à décrire comme la falaise et le phare et le vent et à chaque fois vaut mieux imaginer une falaise et un phare (rayé noir et blanc, avec une clôture rouge dans le haut, contraste) et du vent parce que je me sens trop peu adéquate pour les décrire parce que l’imaginaire s’en charge bien mieux que moi. Fermer les yeux; imaginer un ciel gris, couvert (altostratus, cirrocumulus), un vent du nord-ouest qui fait danser le blé dans les champs. Les yeux toujours fermés, imaginer une tente verte (tante Jeanne), petite mais grande, plantée dans un champ. Ajouter des vaches (langue rugueuse). Un mur de pierre (gris), tellement vieux que le lichen (vert, jaune) ne détonne même plus. Garder les yeux fermés; la mer. Ajouter évidemment une étendue d’eau juste assez agitée pour que le bruit des vagues corresponde exactement à un bruit de vagues. Ne pas oublier le bruit du vent, la tente qui s’agite un peu. Le soleil se couche (les couleurs du ciel s’assombrissent: rose à l’ouest: vers les champs), une lumière s’allume dans la tente. Le phare éclaire la mer à intervalles irréguliers. Le soleil disparaît; odeur de cuisine; dans le ciel Cassiopée Grande ourse Dragon.

Lire Joyce emprunter de la ponctuation à Joyce aimer Joyce.

 



j’pense que j’vais aller prendre ma douche chez nous
9 avril 2012, 22.15
Filed under: Français

avec les saucisses à déjeuner les walkie-talkies attachés aux prises électriques le rouge en déclinaisons. avec les rues et les souliers les cris bêtes d’être évidents les coeurs qui. avec la presse écrite les mots souillés les brisées. le moment avant le départ pieds à vos marques le fusil levé le dos droit c’est maintenant presque. avec les copies photocopiées les théories enfoncées dans les doigts une tête vide de vide pleine. graffiti. autocollants. tracts! grève.

un suçon offert à des lèvres avides retiré. va te coucher dit-il-elle. il est passé sept heures.

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tu l’sais pareil que toute ça c’est avec toi tsé que toute ça c’est pas une question de cennes pis de piasses c’est parce que toi j’veux vivre avec toi pas à côté j’trouve ça bizzare d’aller acheter le même pain blanc pis qu’on s’parle pas. on a tu vraiment besoin de se tenir côte à côte (sans se toucher c’est sûr) à regarder vers en arrière ensemble y’a le gros écran juste là pis dessus y’a une grosse face pis au lieu que toi pis moi on se regarde pis qu’on s’dise toute s’qui est important y faut qu’on regarde le gars dans tévé nous dire s’qu’on pense. mais y l’sait même pas! tsé j’ai beau y dire le grand t’as même pas idée j’ai comme l’impression qu’y s’en câlisse. qu’est-ce t’en pense qu’on aille jouer dehors à place. y s’est mis à faire beau le gazon y’é sec. mesemble. avec une bonne bière là. on aurait moins d’problèmes.